
Il y a un certain temps de celà j’ai apperçu, sortant d’un restaurant, une fille complètement saoûle. Paquetée. Elle marchait tout croche, ziz-zaguait ici et là, manquait de rentrer dans un poteau de téléphone ou de trébucher dans les ordures. Elle ne s’est pas étendue de tout son long mais elle chantait. Tout croche, en faisant aboyer les chiens (et peut-être quelques chats) du quartier. Elle a probablement fini sa longue promenade en se disant « …merde je viens de tomber dans une chiotte! ». C’était un peu comme regarder une fusée de la NASA hors de contrôle. Un peu comme le CHUM aussi; un trajet chaotique, long, pénible, dur à écouter, quelquefois amusant dans sa bêtise mais dont on a hâte que ça se termine. Ca fait maintenant dix ans (give or take) que cette bordélique entreprise traîne les rues. Après tout ce temps et je ne sais combien de millions y’a toujours pas une seule pelletée de terre et ça ne me surprendrait pas une miette qu’on retombe dans les tergiversations quant à l’endroit où construire ce foutu cirque sans parler des PPP. Carry on gentlemen!
On a commençé à construire le site d’Expo 67 en juillet 1963 avec un deadline bien précis: 28 avril 1967. Moins de quatre ans pour créer deux îles d’une superficie de 1000 acres et construire plus d’une centaine de bâtiments incluant les infrastructures d’électricité, de téléphone, d’acqueduc et d’accès. Tout le monde impliqué dans le projet avait un immense pètard allumé dans le cul et la grande majorité des gens d’ici et d’ailleurs étaient assez convaincus que ça pèterait. On se donnait quelques coups de coude dans les côtes et on se disait: Ha ha! Ils vont se planter vous allez voir!! D’ailleurs, la foire de New-York avait foiré et personne dans la compagnie de l’Expo n’avait la moindre expérience dans la construction d’une exposition internationale de première catégorie! Ha ha! Qu’on se redisait. The perfect storm. Et vous savez ce qui est arrivé ce fameux 28 avril 67??
Par chance on n’avait pas à cette époque les décideurs d’aujourd’hui alors on a livré la marchandise. A temps. Et on a montré au monde entier comment recevoir 50 millions de personnes avec style et panache! J’ai parfois cette impression, voire cette conviction, que c’est ce qu’il faudrait à nos politiciens d’aujourd’hui quand ils annoncent un gros projet: un pètard dans le cul. Peut-être que ça ne leur dérangerait pas mais les connaissant ils voudraient probablement qu’il soit mouillé avant qu’il soit insèré. C’est peut-être pour ça que l’îlot Voyageur est toujours sur le béton, que le métro de Laval a coûté si cher, que le CHUM n’avance pas, que la Caisse de Dépôt perd 40 milliards en haussant les épaules et que ce n’est pas demain la veille qu’on verra les nouvelles voitures de métro se ballader dans les tunnels. Pas grave. Go Habs go!
« Par chance on n’avait pas à cette époque les décideurs d’aujourd’hui alors on a livré la marchandise. »
On a tous tendance à embellir le passé et dire que c’était « le bon vieux temps ».À l’époque d’Expo 67,les décideurs étaient loin d’être parfaits,mais ils avaient plus d’envergure que ceux d’aujourd’hui.Peut-on honnêtement comparer les Stephen Harper,Jean Charest et Gérald Tremblay aux Lester Pearson,Daniel Johnson et au visionnaire Jean Drapeau,sans pouffer de rire? Car vaut mieux en rire que d’en pleurer!
On a les politiciens qu’on mérite.
Commentaire par Normand — 10 février 2010 @ 09:15 |
J’aurais peut-être fait mieux de souligner que les décideurs dont je fais mention dans mon texte étaient ceux qui dirigeaient la Compagnie de l’Expo. Les Rediker, Churchill, Delorme, De Bellefeuille, de Gaspé Beaubien, Jasmin, Dupuy, Shaw et autres. D’ailleurs, Robert Shaw, le sous-commissaire adjoint était absolument allergique à toute incursion gouvernementale dans les opérations de la compagnie. Toutefois, mon propos rejoint sensiblement le vôtre.
Commentaire par Pluche — 10 février 2010 @ 19:06 |
Merveilleux texte qui rejoint la malheureuse vision que j’ai du Québec actuel. Hélas et trois fois hélas, la profonde bêtise et non moins profond crétinisme de nos « dirigeants » actuels (tout partis-politiques confondus) va très certainement empiré la situation avenir. Nommez-moi un seul projet (rien qu’un) qui fonctionne au Québec. Nommez un seul dirigeant qui ose prendre un décision audacieuse.
On peut se demander pourquoi j’admire tant l’Expo67. Je répondrai qu’au delà des structures et de la beauté extraorinaire du site, cette exposition a été une sorte de révolution sociale qui nous avait ouvert l’esprit. Une éclatante démonstration que les grandes choses pouvaient être faites ici et pas seulement ailleurs. L’expo67 était une hymne de la confiance en soi. Rien que pour cela, l’Expo67 méritait d’être cent fois réalisée. Le Québec contemporain est, hélas, à l’autre extrémité du spectre, celui de la confiance Zéro.
En 1963, les Rediker, Churchill, Delorme, De Bellefeuille, de Gaspé Beaubien, Jasmin, Dupuy, Shaw et autres, avaient la foi. Ils savaient dès le départ ce qu’ils devaient réaliser. Ils savaient que les décideurs de l’époque étaient derrières eux pour les soutenir. Le mandat était clair et il était fort.
Donnez-nous des Rediker, Churchill, Delorme, De Bellefeuille, de Gaspé Beaubien, Jasmin, Dupuy, Shaw et autres, et vous verrez les choses bouger enfin ici. Mais, hélas et trois fois hélas, on devra se contenter de ce qu’on a aujourd’hui (i.e pas grand chose). Au moins, il nous reste le souvenir de l’Expo67 pour nous consoler.
Commentaire par Gilles Mathieu — 11 février 2010 @ 22:16 |
On dirait que la politique a changée depuis. Tout est la faute des autres, tout le monde veut une pointe de tarte exagérément grosse, tout le monde se fie sur tous les autres pour s’occuper des tâches importantes, on a le sens des responsabilité cacher quelque part au fond d’un sombre placard.
Commentaire par jfinternaute — 12 février 2010 @ 11:46 |
S’il faut regarder il y a plus de quarante ans pour y voir notre dernière grande réalisation c’est que celui qui a voulu avoir les deux mains sur le volant aurait dû vérifier si le véhicule n’était pas sur les blocs et qu’il y avait de l’essence dans le réservoir.
Commentaire par Pluche — 14 février 2010 @ 01:00 |