
Sur Facebook mes amis ont pris l’habitude de me voir écrire de temps à autres que je m’en vais aux puces. Et quand je dis aux puces, il ne s’agit pas d’un endroit de marchandises neuves à prix réduits où l’on trouve un milliard de kiosques de téléphones cellulaires, oh non! Je vais aux vraies puces, là où vieilleries et cochonneries se côtoient et se négocient à prix tout aussi ridicules. J’ai pris l’habitude de m’y rendre, une ou deux fois par mois. Le véritable plaisir de déambuler au travers les allées ne vient pas, pour moi, de chercher absolument quelque chose ou encore de marchander quelquonque babiole. Loin de là.
L’exercice d’une visite sert surtout à regarder les milliers d’objets. La première chose qui me vient à l’esprit c’est que chacun de ces cossins a fait l’objet à un moment ou un autre d’une convoitise de la part de quelqu’un qui, quelque part dans un passé de profondeur variable, s’est dit: ça me le prend! Il y a de ces choses qui sont belles et qui ont probablement une histoire; une jolie broche par exemple a peut-être été achetée de peine et de misère par un homme épris de son amoureuse avant la guerre. Elle a peut-être lèguée sa broche à une autre personne pour finalement se retrouver là, dans un bac en osier. Parmis tant d’autres. Il y a parfois de ces belles toiles qui ont probablement égayé salons ou boudoirs, témoins de quantité de réveillons, de soirées tranquilles ou de disputes. Que sais-je. Il y a des meubles aussi. Un superbe bar sorti tout droit des années 50 et propre comme un sou neuf. Un phonographe avec son cornet, sur une table. Faut pas toucher. Ma demande afin de savoir s’il fonctionne encore me vaut un fier sourire de la vendeuse qui y place l’aiguille sur le 78 tours. Musique d’un autre temps, d’une autre époque. D’un autre monde.
Les trouvailles sont aussi farfelues parce qu’on voit de ces cossins si ridicules qu’on se demande bien comment l’idée de fabriquer un tel truc a t-elle été possible. Ca va de la poterie hideuse aux peinture à numéros encadrées comme un Renoir ou encore au poisson en caoutchouc fixé comme un trophée sur une plaque de bois et qui se dandine en chantant quand on s’approche. Il y a aussi de ces kiosques où l’on retrouve boîtes par-dessus boîtes de vieux disques 33-tours, souvent soldés un dollar chacuns. Les passer les uns après les autres rappelle ces après-midi passés chez Sam the Recordman sur Ste-Cath avec toute sa faune bigarrée. Certaines pochettes nous soutirent des souvenirs, parfois bons et parfois moins alors que d’autres sont d’un ridicule tellement consommé qu’elles nous font hurler de rire.
Mais invariablement, la chose la plus agréable est la vue d’un de ces objets, bien ordinaire pour la plupart du temps, et qui ouvre une porte poussièreuse et grinçante dans notre subconscient. L’objet qui attire notre regard pour une raison que l’on ignore. Puis en le regardant plus attentivement le déclic se fait. C’est un objet que l’on avait plus jeune ou encore qu’un membre de la famille possèdait il y a bien longtemps. Et la simple vue de l’objet suffit à recevoir une averse de souvenirs oubliés. Je crois qu’il s’agit là du vrai plaisir coupable de vagabonder aux puces.
Et de marchander des verres à motifs de cartes à jouer pour quelques dollars.