
L’annonce de la tenue d’Expo 67 à Montréal ne provoqua pas trop d’enthousiasme, loin de là. La nouvelle fit les choux gras des médias qui annoncèrent quelque chose qui coûterait trop d’argent, qui ne serait pas prêt à temps et qui finalement serait bien loin d’attirer les foules. Quant à l’opinion public, la nouvelle provoqua des haussements d’épaules. Bref, le concept était bien loin d’avoir la faveur populaire. C’est tout de même dans ce contexte qu’Andrew G. Kniewasser, directeur général de la Compagnie de l’Expo embaucha un certain Yves Jasmin pour diriger le Service des Relations Publiques, de l’Information et des Communications en mars 64. Yves Jasmin arrivait avec tout un bagage d’expérience accumulé chez Air Canada, Molson et Ford du Canada. Auparavant, Yves Jasmin fut cinéaste pour l’ONF et photo-reporter pendant 10 ans au quotidien “Le Canada”.
Le défi était de taille. Yves Jasmin s’est retroussé les manches tout en se donnant des objectifs précis; amener les Canadiens à accepter l’Expo, faire connaître celle-ci au monde entier, aider au recrutement des exposants et autres participants, assurer la couverture médiatique de l’Expo et viser un auditoire de 30 millions de visiteurs. De longues journées à travailler pendant plus de quatorze heures, sept jours sur sept devinrent pratiquement la norme. On peut imaginer des sandwichs avalés rapidement entre deux dossiers et quelques mini-siestes durant des trajets de déplacement. Le Commissaire Général Pierre Dupuy avait dit du Service que dirigeait Yves Jasmin que c’était “…le plus difficile, le plus ingrat et le plus nécéssaire.” C’était aussi un Service qui aurait bien aimé de temps en temps se faire dire qu’il faisait de bons coups.
De son bureau de la Cité du Havre, il pouvait voir les îles surgir au milieu du fleuve, l’île Notre-Dame en particulier. Toutefois, il ne pouvait se permettre de regarder l’Expo prendre forme car il y avait toujours des documents à rédiger, des correspondances à lire et envoyer (il n’y avait pas de fax ni de courriels à cette époque), des gens à rencontrer, des solutions à trouver et des idées et stratégies à développer. Un jour, Robert Shaw, le sous-commissaire général le regarda et lui ordonna d’aller prendre des vacances où il faillit bien mourir d’ennui. Sitôt revenu il se remit au boulot, tout comme ses confrères des autres Services; les Robert Shaw, Andrew G. Kniewasser, Dale Rediker, Pierre de Bellefeuille, Pierre Dupuy, colonel Edward Chruchill, Edouard Fiset, Phillipe de Gaspé Beaubien et autres.
Expo 67, on le sait, attira un peu plus de 50 millions de visiteurs. C’est près de 30 fois la population actuelle de Montréal et 20 millions de personnes de plus que la population actuelle du Canada. J’essaie de m’imaginer comment Yves Jasmin et tous ceux qui ont travaillé avec lui se sont sentis lorsque le Gouverneur Général Roland Michener déclara l’Expo officiellement fermée le 29 octobre 67 et où l’on prit connaissance du total des visites durant la durée de l’évènement. Pour tout son travail, il fut reçut Chevalier de l’Ordre avant même que l’année 67 ne soit terminée.
Mars 2009. Ma voiture roule sur l’avenue Pierre-Dupuy en direction ouest. Je longe Habitat 67 puis, plus loin, des terrain vacants où l’on apperçoit quelques restants de lampadaires de l’Expo, coupés en deux. Il y a ensuite l’ancien pavillon du Génie Créateur de l’Homme et les anciens bureaux administratifs de l’Expo, où je tourne tranquillement. Mon passager observe la scène. Je lui demande ensuite où c’était et il m’indique l’arrière du bâtiment. Je m’y arrête et m’occupe de l’aider à descendre de la voiture, l’espace de quelques minutes. Son regard balaie l’ensemble du bâtiment.
Il grimpe les marches et me parle, me raconte. Un brin d’Histoire, qu’il partage avec un entousiasme certain. Dans son esprit, j’en suis certain, les souvenirs arrivent comme des vagues chaudes sur une plage. Ne bougez plus monsieur Jasmin!

Après quelques clichés nous repartons. Alors que nous nous approchons de l’avenue Pierre-Dupuy, il se penche vers moi et me dit; “Vous savez, je m’étais fixé six objectifs lors de mon embauche en 64. Je n’ai jamais eu la chance de réellement réaliser le sixième.” En tournant sur l’avenue je lui ai dit; “Nous allons le réaliser monsieur Jasmin. Nous allons le réaliser bientôt”.
A suivre…