Pluche

31 mars 2009

Zwiiiip!

Classé dans : Animaux — Pluche @ 01:04

Samedi dernier, une vraie journée de printemps. Non mais une vraie! La première en fait. A chaque année c’est la même chose, comme si on découvrait le soleil et la chaleur pour la première fois. Toujours agréable lorsque l’on sort sans les épaisses couches que l’on a enduré tout l’hiver durant. Pas que l’hiver n’ait pas une certaine dose de charme mais le printemps, quoique l’on en dise, c’est le printemps. Senteur de printemps. Fraîcheur printanière. C’est écrit comme ça sur les bouteilles. Pas senteur d’automne, pas fraîcheur d’hiver.

Y’a des animaux qui sont un peu comme nous (enfin, un certain nombre). Ils voient les premiers froids et les premiers flocons et rentrent dans leur tanière en claquant ce qui peut bien leur servir d’appartement (ou de condo). Et puis ils bougonnent probablement jusqu’a ce que l’hiver ait vraisemblablement foutu le camp. Là, ils sortent. Se dégourdissent. Un peu comme ce suisse que j’ai maladroitement capté. Au début je n’ai pas aimé cette photo. Un peu floue. Mais vous savez, j’ai pris une habitude au fil des ans en faisant de la photo; ne jamais rien jeter parce qu’on finit invariablement par trouver une qualité à une image que l’on voulait jeter. Ici, c’est le mouvement qui a prit le dessus sur la netteté. J’aime bien la façon dont le suisse semble tout d’un coup élancé de façon exagérée dans sa course.

28 mars 2009

Bain Maisonneuve

Classé dans : Histoire, Patrimoine, Urbain — Pluche @ 01:57
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Le Bain Maisonneuve situé sur le boulevard Morgan dans l’est de Montréal est un bâtiment qui s’inscrivit dans la volonté de la Ville de Maisonneuve de se doter des plus beaux édifices de l’île. Parmis ceux-ci, on peut noter l’Hôtel de Ville de Maisonneuve (coin Pie-IX et Ontario) de même que le Marché Maisonneuve, situé à un jet de pierre. Mais revenons à notre bain. Au début du siècle les salles de bain sont loin d’être monnaie courante. Dans les maisons, les gens utilisent la bonne vieille cuvette de fer blanc qui, remplie une seule fois avec de l’eau chauffée sur le poêle, sert à toute la famille. L’homme se lavait en premier, puis la femme et ensuite les enfants du plus grand au plus petit. Pas besoin de vous dire que le dernier se trempait les fesses dans une eau plutôt… opaque (d’où vient l’expression: ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain).

Le maire Alexandre Michaud commence, vers 1911, à doter la ville d’installations sanitaires. La conception du bâtiment revient à Marius Dufresne, architecte. Marius et son frère Oscar (échevin à la Ville) habitaient le fameux château au coin de Pie-IX et Sherbrooke. L’architecture est de style Beaux-Arts et Marius s’est inspiré d’un bain public de la 23è rue du quartier Manhattan, à New-York. A cette époque, construire un bain public coûtait au bas mot aux alentours de $300,000 (en dollars de ce temps, bien entendu). Les travaux commencèrent en 1914 et se terminèrent en décembre 1915. A son inauguration en mai 1916, la facture finale avait largement dépassé le prix initial, comme quoi les dépassements astronomiques ne datent pas d’hier… Cette facture salée il faut inclure une sculpture en bronze d’Alfred Laliberté qui orne la partie centrale entre les deux entrées ainsi que le trois sculptures en pierre ornant la corniche; celle du milieu étant le sujet de la photo d’aujourd’hui. Ces sculptures, on les doit à un certain Arthur Dubord.

Jusqu’en 1960, l’endroit a servi de centre d’entraînement pour la police de Montréal et on procéda à des travaux majeurs en 1962. Ces travaux firent disparaître certains éléments décoratifs ainsi que des douches et autres installations. Aujourd’hui le bâtiment abrite toujours une piscine et conserve malgré son âge presque centenaire, une fière allure.

27 mars 2009

Clair obscur

Classé dans : Architecture — Pluche @ 01:25

Voici un autre de ces rares exemples où j’arrive à apprivoiser la lumière du soleil. J’ai pris cette photo au début du mois de mai l’an passé, une période de l’année que j’affectionne tout particulièrement non seulement en raison de la température confortable mais aussi pour la lumière. Même si je n’aime pas le soleil plus qu’il ne le faut, celui de mai est tolérable et me permet, lorsque les conditions sont favorables, de créer ce genre d’image.

26 mars 2009

J. Donat Langelier

Classé dans : Histoire, Patrimoine, Publicité peintes, Urbain — Pluche @ 00:48

Cette publicité, peinte sur le mur ouest de l’édifice au coin de Berri et Ste-Catherine m’a donné du fil à retordre pendant un certain temps. Si j’arrivais à lire “J. Donat”, le nom de famille lui, m’était indéchiffrable. Plutôt que de rechercher dans la section commerciale du Lovell, j’y suis allé avec l’index des rues. J’ai choisi l’édition de 1919-20 tout en espérant que la publicité était relié au commerce dans le bâtiment, et non pour un autre endroit plus loin comme c’était souvent le cas à l’époque.

J’y ai donc trouvé ce que je cherchais. Partiellement.

J. Donat Langelier.

Selon ce que j’ai pu apprendre en fouillant ailleurs, ce commerce était relié aux pianos mais pas en tant que fabriquant (les pages commerciale du Lovell n’ont pas de Langelier dans la section des constructeurs de pianos) mais était souvent “associée” au constructeur de pianos Pratte qui lui, figure bien dans cette catégorie. La Pratt Piano Co était bien connue depuis sa fondation en 1889 par Louis-Etienne-Napoléon Pratte (qui fut aussi le fondateur, propriétaire et éditeur de la revue “L’art musical” qui parut de 1896 à 1899)

Toutefois, il semble que la J. Donat Langelier ait commençé à faire des affaires en 1915 à Pointe-aux-Trembles pour ensuite migrer vers le centre-ville. Le commerce fusionna avec Pratte Piano Co en 1926 (devenu propriété d’Antonio Pratte en 1911 lors du décès de son frère). Cette compagnie fusionna de nouveau avec N. G. Valiquette en 1963 pour devenir Langelier-Valiquette Ltée.

Emplacement de la pub:

25 mars 2009

L’Expo dans la peau

Classé dans : Expo 67, Histoire — Pluche @ 00:31

L’annonce de la tenue d’Expo 67 à Montréal ne provoqua pas trop d’enthousiasme, loin de là. La nouvelle fit les choux gras des médias qui annoncèrent quelque chose qui coûterait trop d’argent, qui ne serait pas prêt à temps et qui finalement serait bien loin d’attirer les foules. Quant à l’opinion public, la nouvelle provoqua des haussements d’épaules. Bref, le concept était bien loin d’avoir la faveur populaire. C’est tout de même dans ce contexte qu’Andrew G. Kniewasser, directeur général de la Compagnie de l’Expo embaucha un certain Yves Jasmin pour diriger le Service des Relations Publiques, de l’Information et des Communications en mars 64. Yves Jasmin arrivait avec tout un bagage d’expérience accumulé chez Air Canada, Molson et Ford du Canada. Auparavant, Yves Jasmin fut cinéaste pour l’ONF et photo-reporter pendant 10 ans au quotidien “Le Canada”.

Le défi était de taille. Yves Jasmin s’est retroussé les manches tout en se donnant des objectifs précis; amener les Canadiens à accepter l’Expo, faire connaître celle-ci au monde entier, aider au recrutement des exposants et autres participants, assurer la couverture médiatique de l’Expo et viser un auditoire de 30 millions de visiteurs. De longues journées à travailler pendant plus de quatorze heures, sept jours sur sept devinrent pratiquement la norme. On peut imaginer des sandwichs avalés rapidement entre deux dossiers et quelques mini-siestes durant des trajets de déplacement. Le Commissaire Général Pierre Dupuy avait dit du Service que dirigeait Yves Jasmin que c’était “…le plus difficile, le plus ingrat et le plus nécéssaire.” C’était aussi un Service qui aurait bien aimé de temps en temps se faire dire qu’il faisait de bons coups.

De son bureau de la Cité du Havre, il pouvait voir les îles surgir au milieu du fleuve, l’île Notre-Dame en particulier. Toutefois, il ne pouvait se permettre de regarder l’Expo prendre forme car il y avait toujours des documents à rédiger, des correspondances à lire et envoyer (il n’y avait pas de fax ni de courriels à cette époque), des gens à rencontrer, des solutions à trouver et des idées et stratégies à développer. Un jour, Robert Shaw, le sous-commissaire général le regarda et lui ordonna d’aller prendre des vacances où il faillit bien mourir d’ennui. Sitôt revenu il se remit au boulot, tout comme ses confrères des autres Services; les Robert Shaw, Andrew G. Kniewasser, Dale Rediker, Pierre de Bellefeuille, Pierre Dupuy,  colonel Edward Chruchill, Edouard Fiset, Phillipe de Gaspé Beaubien et autres.

Expo 67, on le sait, attira un peu plus de 50 millions de visiteurs. C’est près de 30 fois la population actuelle de Montréal et 20 millions de personnes de plus que la population actuelle du Canada.  J’essaie de m’imaginer comment Yves Jasmin et tous ceux qui ont travaillé avec lui se sont sentis lorsque le Gouverneur Général Roland Michener déclara l’Expo officiellement fermée le 29 octobre 67 et où l’on prit connaissance du total des visites durant la durée de l’évènement. Pour tout son travail, il fut reçut Chevalier de l’Ordre avant même que l’année 67 ne soit terminée.

Mars 2009. Ma voiture roule sur l’avenue Pierre-Dupuy en direction ouest. Je longe Habitat 67 puis, plus loin, des terrain vacants où l’on apperçoit quelques restants de lampadaires de l’Expo, coupés en deux. Il y a ensuite l’ancien pavillon du Génie Créateur de l’Homme et les anciens bureaux administratifs de l’Expo, où je tourne tranquillement. Mon passager observe la scène. Je lui demande ensuite où c’était et il m’indique l’arrière du bâtiment. Je m’y arrête et m’occupe de l’aider à descendre de la voiture, l’espace de quelques minutes. Son regard balaie l’ensemble du bâtiment.

Il grimpe les marches et me parle, me raconte. Un brin d’Histoire, qu’il partage avec un entousiasme certain. Dans son esprit, j’en suis certain, les souvenirs arrivent comme des vagues chaudes sur une plage. Ne bougez plus monsieur Jasmin!

Après quelques clichés nous repartons. Alors que nous nous approchons de l’avenue Pierre-Dupuy, il se penche vers moi et me dit; “Vous savez, je m’étais fixé six objectifs lors de mon embauche en 64. Je n’ai jamais eu la chance de réellement réaliser le sixième.” En tournant sur l’avenue je lui ai dit; “Nous allons le réaliser monsieur Jasmin. Nous allons le réaliser bientôt”.

A suivre…

24 mars 2009

Silo à grain #5

Classé dans : Urbain — Pluche @ 00:58

Le célèbre architecte Le Corbusier* (Charles-Édouard Jeanneret-Gris de son vrai nom) a déjà dit que ce bâtiment industriel était un chef-d’oeuvre moderne. C’était peut-être à l’époque où le type avait vu cette structure érigée par le Grand Trunk mais aujourd’hui, abandonné et rouillé il ressemble davantage à l’un de ces complexes industriels désertés des environs de Chernobyl. Situé dans la portion ouest du Vieux-Montréal, cet élévateur à grain a fait l’objet de plusieurs spéculations dont une gigantesque galerie d’art contemporain, des condos et quoi d’autre. Pour l’instant rien n’a été décidé mais il y a fort à parier que la démolition est hors de question car certaines parties sont faites de vieux béton armé. Une histoire qui est certainement à suivre.

* Le pseudonyme s’inspire du nom d’un trisaïeul maternel, «Lecorbésier», d’origine belge. Voilà pour le mystère!

21 mars 2009

Rodage

Classé dans : Divers — Pluche @ 01:24

Ce soir, en terminant le travail, je suis allé essayer ma nouvelle caméra de poche (parce c’est ce qu’elle est). Je dois avouer qu’elle n’est pas mauvaise du tout. Equippé d’un zoon optique 4x, j’ai vite appris à ne pas trop en abuser car mis au maximum les pourtours de l’image perdent un peu de détail. Plus petite et plus légère que la A60, la A590 tient aisément dans le creux de la main. Sans contredit la plus petite caméra qu’il m’ait été donné d’avoir. Une autre avantage est l’utilisation de la carte-mémoire de type SD qui sont bien meilleur marché que les cartes CF que gobent par exemple mon gros 40D. Toutefois, sa façon de capter les scènes semble un peu différente de la A60. Un petit détail auquel je devrai m’habituer. Quoiqu’il en soit, j’ai l’impression qu’on va pouvoir s’amuser ensemble!

20 mars 2009

Requiem pour un brave soldat

Classé dans : Appareils photo, Divers — Pluche @ 02:37

C’était au début d’avril 2003 et j’étais prêt à investir pour ma première caméra digitale. Sous la recommendation d’un ami photographe, je me suis rendu chez Image Point, une boutique photo sise sur la rue Ste-Catherine, un commerce qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui. Un conseiller m’a alors présenté quelques modèles pouvant correspondre à mes goûts ainsi qu’a mon budget. Après avoir regardé et manipulé quelques appareils, j’ai fait mon choix: une Canon Powershot A60 d’une résolution de 2 mégapixels. C’est donc avec cette caméra que je me suis alors remis à la photographie.

Malgré sa petite résolution, cette caméra était capable de résultats assez appréciables. Je me souviens encore de Marie lors de ma première session photo de nu avec elle. C’était en février 2004. Dans mon salon un peu surchauffé en raison du temps froid dehors, je mettais la dernière main au setup lorsque Marie me demanda quel genre de caméra j’utilisais. Elle afficha un regard mélangé de surprise et de confusion lorsque je lui montrai la petite A60 et seulement la A60. Amusée, elle m’avoua tout de même être bien curieuse de voir les résultats. Voici une des photos qui fut prises lors de cette première session et qui fit de Marie une believer.

Durant l’été 2004 je fis la connaissance de Geneviève, une fille possèdant des qualités photogéniques remarquables. C’était facile à voir. A trois où quatre reprises elle m’a gentiment servi de modèle lors d’escapades qui avaient lieu généralement dans le Vieux-Montréal. Là encore, la petite caméra that could me donna des résultats vraiment intéressants, comme cet exemple plus bas:

En juillet 2004 , dans le Vieux-Montréal, alors que je m’apprêtais à faire ce que je croyais être une session de portraits qui durerait toute la journée, la caméra ne prit que quelques photos avant de s’éteindre dans le mutisme électronique le plus complet. Lorsqu’elle se ralluma, elle m’afficha un code d’erreur qui s’avèra sérieux. Bien que la garantie était échue depuis avril, Canon accepta gentiment de la réparer à ses frais. Ce qu’elle fit. La caméra me revint moins de trois plus tard en parfait état de fonctionnement.

La caméra eut de nouveaux ratés en 2007 alors que le capteur n’arrivait plus à photographier correctement. Toutes les photos qu’elle produisait étaient complètement distortionnées. Je l’ai donc rangé en y pensant plus. Puis, un ami me refila un tuyau à l’effet que ce problème particulier était réparé gratuitement par Canon. Après avoir pris mes informations chez Canon je l’ai donc envoyé la-bas où elle fut encore réparée sans frais. Bien entendu à ce moment je carburait principalement avec ma rebel XT mais j’aimais bien trimbaler ma A60 avec moi tout le temps, ce que je ne faisais pas toujours avec ma Rebel. Lors d’une promenade banale ou d’un déplacement quelquonque il m’arrivait d’appercevoir quelque chose à prendre en photo. A ce moment je sortais rapidement la A60, la mettais en marche, prenait la photo et la remettais dans ma poche. Un jeu d’enfant. Dernièrement lors d’une de ces promenades je pris une de ces photos et puis ensuite elle emit un son bizarre et s’éteignit pour ne plus redémarrer. J’ai donc dû me rendre à l’évidence qu’elle venait cette fois-ci de prendre sa dernière photo, que voici:

Comme je le disais, avoir une caméra compacte est quelque chose que je trouve toujours utile et agréable, même si l’on dispose de jouets comme la Rebel XT ou la 40D. Je me suis donc rendu dans une boutique photo ou, comme en avril 2003, je me suis amusé à regarder les différents modèles. Cette fois c’était beaucoup plus facile et je n’ai pas eu à embêter la vendeuse avec moults questions. Je suis donc reparti avec le digne successeur de ma A60, une rutilante Powershot A590 Is, petite caméra honnête et sans prétention dont j’avais lu de bonnes critiques. Quant à la A60, elle n’ira point aux ordures ou au recyclage. Néni. Elle ira rejoindre mes caméras de collection.

19 mars 2009

Nu – 22

Classé dans : Nus — Pluche @ 01:25

“Le corps, unique lieu de rêve et de raison, Asile du désir, de l’image et des sons. “

Anna de Noailles
Extrait de L’Honneur de souffrir

17 mars 2009

Le paradis en bouteilles vides

Classé dans : Divers, Nostalgie d'enfance — Pluche @ 11:34
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Ca fait quand même un bout. Mais en même temps c’était presque hier. J’était un gamin. Par définition; bruit recouvert de saleté. C’était l’été, je ne sais plus quelle année. A côté de moi il y avait cet autre bruit recouvert de saleté. Il s’appellait Alain. Ensembles, duo de bruits sales en culottes courtes on partait à la recherche de bouteilles vides. On étaient doués pour ça. Près d’un escalier. Derrière un poteau. Contre la clôture. On les mettait dans un sac en plastique mal fichu ou dans un sac d’épicerie au fond troué. Quand le sac était plein on descendait la ruelle. Dans cette ruelle on entendait les sons caractéristiques de la balle de caoutchouc trois couleurs qui rebondissait, d’un autre gamin qui filait à vive allure dans son Big Wheel. Plus bas, il y avait ce gentil monsieur d’un certain âge. Il faisait souvent ses mots-croisés assis dans sa chaise. Près de lui il y avait Cooper, son chien. Un chien de la race qui n’en est pas une. Il était toujours content de nous voir Cooper. Le gentil monsieur levait les yeux et souriait. De nous voir trimballer maladroitement notre gros sac semblait lui rappeller ses propres souvenirs d’enfance. Il nous donnait toujours quelques sous. Parfois cinq, d’autres fois dix. Une véritable fortune à l’époque.

On entrait ensuite au marché par la porte d’en arrière. Monsieur le boucher nous connaissait bien et il nous laissait passer avec un sourire. Au comptoir il y avait celui à qui appartenait le marché. Un grand monsieur mince avec des cheveux et un sarau blanc. Et on sortait nos bouteilles, une à une. Le moment le plus excitant était bien sûr quand s’enfilaient les pièces de monnaie sur le comptoir de vitre dessous lequel il y avait tous ces bonbons. L’ultime but de tout ce travail. Ceux-là, trois pour un sou, les autres dix pour cinq sous et quatre pour deux sous.  On ne savait pas très bien compter alors on se trompait. Le monsieur corrigeait notre erreur en nous disant qu’il nous faisait un deal. On s’en gardait toujours pour une bouteille bien froide de cream soda Snow White. Alain prenait parfois du nectar Denis mais moi, c’était toujours du cream soda Snow White.

On ressortait par la porte d’en avant. Celle qui faisait sonner une cloche quand on l’ouvrait. On faisait toujours ça; entrer par la porte d’en arrière et ressortir par celle d’en avant. On remontait la rue en tenant nos sacs remplis de framboises en gelée, de soucoupes-volantes avec des billes de sucre dedans, ces petites bouteilles en cire qu’on cassait avec nos dents pour boire le jus à l’intérieur et ces petits serpents multicolores. Mais on ne les mangeait pas tout de suite. On reprenait la ruelle pour finir dans l’escalier dans ma cour. Là, on s’installait et on se regardait en éclatant d’un fou rire avant de s’empifrer.

Des bouteilles vides, quelques ruelles et des framboises en gelée. On était au paradis et on ne le savait même pas!

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